About
``Quand l’imaginaire se fait lyrique, fantaisiste ou surprenant, c’est qu’on a allumé l’étrange lumière.`
Les objets lumineux exercent un grand pouvoir de fascination sur l’artiste. Au-delà d’une simple piqûre, c’est une obsession joyeuse. Geneviève Oligny est intriguée par les possibilités infinies des atmosphères et de leurs enchantements singuliers. Guidée par sa sensibilité intuitive, la lanterniste cherche à créer des espaces poétiques. Elle façonne la lumière afin que l’éclairage devienne l’élément d’enivrement onirique. Cela engendre parfois un personnage d’une curiosité saisissante-nous invitant dans un univers précieux et symbolique.
L’artiste : Dès mes études en arts d’impression, j’ai développé une expertise pour les matières réputées inadéquates. J’ai commencé à étudier les différents papiers rejetés et j’ai été séduite par leurs effets de transparence à la lumière. En poussant plus loin cette recherche, j’en suis arrivée à utiliser la lumière comme véritable matière de mes créations. À en faire le souffle visible de mon art. Lumière révélatrice de formes, de couleurs, de textures et pourquoi pas de mots, pour peu que je lui prête une peau à habiter… C’est dans cette optique que j’ai commencé à créer des lanternes de papier. Fruit d’un travail de minutie sur la matière, chaque lanterne est une pièce unique, personnalisée, possédant sa propre ambiance, sa propre vie.
En accumulant prototypes et commandes en cours de réalisation dans mon atelier, j’ai réalisé à quel point l’enchantement des lanternes est fonction exponentielle de leur regroupement au sein d’un lieu d’ombre palpable qui leur permet à la fois de s’individualiser et de se « parler » un langage référentiel. En travaillant sur des commandes plus conceptuelles telles celle du Cirque du Soleil et particulièrement celle de la TOHU, où j’ai recréé un terrain de jeu d’enfants-lanternes-balançoires suspendus dans le temps, je crois avoir atteint une maîtrise de conception, de facture et d’idéation qui n’attendait qu’une étincelle nouvelle pour passer à la réalisation de formes plus complexes.
Conçue pour l’exposition ONE : objets non enfouis, Chapitre Dix : Des Mots & Merveilles a été l’occasion de créer un premier prototype de vêtement-lanterne grandeur nature. Cette expérience a amené une redéfinition des paramètres de mon travail qui s’avère décisive à ma démarche actuelle. La lumière habitant le corps autrement éteint du vêtement, retrouve une puissance métaphorique à peine suggérée dans les lanternes. Les légendes qui accompagnaient ces dernières peuvent désormais s’inscrire à même le corps de l’objet, dans la pose, le geste suspendu, les voies d’échappement de la lumière.
Dans la logique de récupération et de « seconde-vie », dont origine tout mon art, j’explore des techniques de plissage et de transparences sur d’innombrables pages de livres autrement voués à l’oubli. Travaillant le plus souvent du détail vers l’ensemble, je cherche à rendre plausible la lumière en résidence. Ma formation en gravure est mise à contribution, s’inscrivant dans le vêtement de papier à coups d’incisions y tatouant de minuscules alphabets de lumière. Il s’agit alors de réfléchir aux multiples façons d’inventer une relation lumière-vêtement cohérente, d’en arriver à scénariser les corps de lumière interreliés par la densité des ombres. Suggérer un monde murmurant à l’écoute des lueurs tamisées.