Jan van Eyck : biographie, tableaux célèbres et technique | Artblr
Jan van Eyck : biographie, tableaux célèbres
Peintre de la cour de Philippe le Bon, Jan van Eyck a transformé la peinture à l’huile. Sa vie, ses chefs-d’œuvre et les techniques qui ont marqué la Renaissance.
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Article traduit de l’anglais.
En bref
Jan van Eyck (vers 1380-1390 – 1441) est un primitif flamand du début de la Renaissance, peintre de la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Célèbre pour le Retable de Gand et Les Époux Arnolfini, il n’a pas inventé la peinture à l’huile, mais en a perfectionné l’usage par des couches translucides superposées.
Jan van Eyck est largement considéré comme l’un des principaux représentants du début de la période de la Renaissance. Seule une vingtaine de tableaux qui peuvent lui être attribués avec certitude existent encore, mais il a aussi peint des retables et des miniatures dans des manuscrits. Il était célèbre dans toute l’Europe, mais surtout dans les anciens Pays-Bas, sa région natale.
Artiste très influent, il a peint des œuvres tant religieuses que profanes. On salue souvent son usage singulier et novateur de la peinture à l’huile, dont les couleurs se sont remarquablement bien conservées et n’ont nécessité que peu de restauration. Jan van Eyck est célèbre pour des œuvres comme le Retable de Gand, Les Époux Arnolfini et La Vierge du chancelier Rolin. Son œuvre a eu une influence considérable sur la Renaissance, et son style a été repris et affiné par d’autres peintres de l’époque.
Très peu d’archives du XIVe siècle nous sont parvenues ; il n’est donc pas étonnant que personne ne connaisse la date exacte de naissance de l’artiste. On croit qu’il est né entre 1380 et 1390 dans une ville appelée Maaseik, dans l’actuelle Belgique. Il ne semble exister aucun document sur les parents de Jan van Eyck, bien que l’on sache qu’il avait une sœur et peut-être deux frères ou plus. Les historiens ignorent même où van Eyck a appris son métier et qui l’a formé.
Les premières véritables mentions du peintre remontent à 1422 environ, alors qu’il est inscrit comme peintre de la cour à La Haye sous le règne de Jean de Bavière. À cette époque, il est déjà mentionné comme maître peintre et dispose de deux assistants, ce qui laisse supposer qu’il occupait une position d’autorité et de pouvoir. En tant que peintre de la cour, il disposait d’un petit atelier, de ses assistants et probablement d’un salaire assez raisonnable.
L’Annonciation de Jan van Eyck
Image : wikipedia.org
Pendant son service comme peintre de la cour, van Eyck a participé à la redécoration du palais de Jean de Bavière, le Binnenhof, à La Haye. Il ne subsiste pratiquement aucune œuvre de cette période de sa vie ; les historiens croient toutefois qu’il pourrait être l’auteur d’une miniature des Heures de Turin-Milan, un manuscrit ancien. Si c’est le cas, ce serait la seule œuvre existante de son passage à la cour de Jean.
Jean meurt en 1425 ; van Eyck entre alors au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et s’installe à Bruges quelques années plus tard. Les réalisations de Jan van Eyck n’ont véritablement commencé qu’une fois qu’il s’est établi à la cour de Philippe, et c’est aussi à partir de ce moment que les documents historiques à son sujet deviennent plus précis. Il recevait un salaire, ce qui lui permettait de se consacrer à son propre travail plutôt qu’aux commandes ; il a ainsi pu affiner son style et ses talents en relative liberté.
Succès
Triptyque de Dresde
Image : https://commons.wikimedia.org
C’est à la cour de Philippe que Jan van Eyck a pu s’épanouir pleinement comme artiste. Ses pairs et ses mécènes le considéraient comme un révolutionnaire, et son style a été abondamment copié par d’autres peintres. On louait grandement sa capacité à représenter ses sujets dans toute leur dignité, sans pour autant masquer leurs défauts. En 1429, il a peint la future épouse de Philippe, et des sources de l’époque affirment que ce tableau, aujourd’hui perdu, n’était pas flatteur.
L’apogée de la carrière de van Eyck se situe entre 1436 et 1438, période au cours de laquelle il a réalisé certaines de ses œuvres les plus célèbres, dont La Vierge de Lucques, La Vierge au chanoine van der Paele et L’Annonciation. Il s’était alors déjà fait un nom avec des œuvres comme le Retable de Gand et Les Époux Arnolfini. C’est aussi à cette époque qu’il a perfectionné sa technique de peinture à l’huile et mis au point de nouvelles méthodes de mélange des pigments.
On sait peu de choses sur l’épouse du peintre, Marguerite van Eyck, pas même la date de leur mariage. On croit qu’ils se sont mariés vers 1432 et qu’elle était beaucoup plus jeune que van Eyck. Il a peint son portrait en 1439, et les historiens de l’art en ont conclu que Marguerite était issue de l’aristocratie, mais d’un rang inférieur. Cette hypothèse repose sur les vêtements qu’elle porte dans le tableau, de bonne qualité et sobres, mais moins somptueux et moins à la mode que ceux des membres de la haute noblesse peints par van Eyck.
La Vierge dans l’église
Image : https://en.wikipedia.org
Les documents du début du XVe siècle sont rares, et leur but n’était pas nécessairement de consigner les paroles des artistes. La seule chose qui s’apparente vraiment à une citation du peintre est sa signature. Sur les 20 œuvres qui nous sont parvenues, 10 portent la devise « ALS IK KAN », qui se traduit par « Comme je (Eyck) peux ». Cette devise, qu’il écrivait parfois en lettres grecques, est un jeu de mots sur son nom.
Il gravait aussi diverses phrases sur les cadres de ses tableaux. Il accordait au cadre plus d’importance que les peintres qui l’avaient précédé et cherchait donc à unir cadre et tableau. Deux exemples des messages qu’il a laissés sur des cadres sont « Je fais comme je peux » et « Uni à son cadre ». La seconde citation témoigne du désir de van Eyck de relier d’une façon ou d’une autre le cadre et le tableau. On croit que d’autres citations figuraient sur des cadres, mais elles ont malheureusement été recouvertes de peinture.
Décès
Saint Jérôme
Image : https://www.1000museums.com
L’artiste meurt en 1441, à un âge relativement jeune, même pour le XVe siècle. Il est inhumé dans le cimetière de l’église Saint-Donatien de Bruges, mais son corps est exhumé en 1442 et inhumé de nouveau à l’intérieur de l’église. Marguerite van Eyck reçoit une modeste pension calculée sur le salaire annuel de l’artiste, qui lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de leurs deux enfants.
Van Eyck a laissé de nombreuses œuvres inachevées, qui ont été terminées par son atelier, dirigé après sa mort par Lambert van Eyck, probablement son frère. Lambert a contribué à bâtir le statut et l’héritage de van Eyck. Celui-ci a été cité par plusieurs sources tout au long du XVe siècle comme un artiste de grand talent, et son œuvre est appréciée depuis.
Les tableaux célèbres de Jan van Eyck
Les Époux Arnolfini – 1434
Les Époux Arnolfini
Image : https://www.cineclubdecaen.com/
Le portrait de mariage des Arnolfini est l’une des œuvres les plus connues de Jan van Eyck. Il s’agit d’une peinture à l’huile sur bois de chêne, dont le support est formé de trois panneaux distincts assemblés. Le tableau représente Giovanni di Nicolao Arnolfini et son épouse debout dans la chambre de leur demeure. Il est considéré comme l’une des œuvres les plus complexes et les plus originales de l’art occidental, en raison de son usage de la perspective, de la couleur et de l’iconographie. C’est l’un des plus anciens tableaux conservés peints à l’huile plutôt qu’à la détrempe. Il est actuellement exposé à la National Gallery de Londres.
Le Retable de Gand – 1430-1432
Le Retable de Gand
Image : https://www.npr.org
Il s’agit d’un retable très grand et très complexe, composé de 12 panneaux. Il est disposé sur deux registres, avec des volets repliables qui contiennent les autres peintures. On croit qu’il a été conçu par Hubert, le frère aîné de Jan, dans les années 1420, puis peint au début des années 1430. Tous les panneaux présentent des images religieuses, dont le Christ Roi, la Vierge Marie, ainsi qu’Adam et Ève. Les peintures sont toutes richement colorées et très détaillées, ce qui contraste avec les images de l’extérieur des volets, réalisées dans des tons terreux et relativement peu détaillées. Ce choix visait probablement à accentuer l’effet saisissant de l’ouverture des volets. Le retable est toujours exposé dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, en Belgique.
L’Homme au turban rouge – 1433
L’Homme au turban rouge
Image : wikipedia.org
Cette œuvre représente un homme coiffé d’un chaperon, un type de couvre-chef en vogue à l’époque. On croit qu’il s’agit d’un autoportrait de Jan van Eyck, pour plusieurs raisons. D’abord, la signature de l’artiste figure sur le cadre, mais en caractères nettement plus grands que d’habitude. Comme sa devise est « Comme je peux », les historiens en ont déduit qu’il s’agit de l’artiste lui-même. Ensuite, le regard du sujet est plus direct que d’ordinaire, ce qui peut laisser supposer un autoportrait.
Style
La Vierge au chanoine van der Paele
Image : http://rijksmuseumamsterdam.blogspot.com
On considère que Jan van Eyck peignait dans le style du début de la Renaissance, plus précisément celui des primitifs flamands. Son œuvre se caractérise par un souci du détail remarquable et par un mélange de sujets religieux et profanes. Il est aussi reconnu pour sa capacité à donner l’impression d’une lumière naturelle, qu’il obtenait grâce à la peinture à l’huile et aux glacis.
Son style se distingue également par sa connaissance de la nature et son usage du symbolisme. Dans Les Époux Arnolfini, il utilise divers signes pour symboliser le mariage, la foi, la fidélité et l’amour. Il se sert aussi de la pose des personnages pour les montrer égaux, plutôt que de présenter l’épouse comme subordonnée.
Techniques picturales
Portrait de Jan de Leeuw
Image : wikipedia.org
La manière de peindre de l’artiste était tout à fait singulière pour l’époque. Sa méthode de prédilection consistait à commencer par un dessin au trait, puis à peindre les zones d’ombre et de lumière au noir d’os et au blanc de plomb. Il superposait ensuite à la peinture à l’huile de fines couches de couleur translucide sur ces couches de base. Cette technique lui permettait d’obtenir des couleurs beaucoup plus éclatantes et un degré de détail plus élevé. Une fois les couches de couleur terminées, il ajoutait davantage d’ombres et de lumières et affinait les détails. Sa technique était considérée comme novatrice à l’époque, ce qui explique pourquoi tant d’artistes l’ont adoptée.
Jan van Eyck a-t-il inventé la peinture à l’huile ?
En bref, non. La technique consistant à délayer les pigments dans l’huile était utilisée depuis un certain temps avant l’arrivée de l’artiste, même si elle était peu répandue. Cette invention lui a été attribuée à tort au XVIe siècle, ce qui a depuis longtemps été réfuté. Les techniques de peinture à l’huile de Jan van Eyck étaient révolutionnaires, ce qui pourrait expliquer cette erreur d’interprétation.
Van Eyck fabriquait ses peintures en mélangeant des pigments à de l’huile de lin épaissie à la chaleur. Une huile épaissie à la chaleur a été chauffée doucement, ce qui l’épaissit. Elle était ainsi beaucoup plus facile à travailler et donnait aux couleurs un éclat et une chaleur magnifiques. Elle lui permettait aussi de créer des glacis pour superposer les couches de couleur. Cette technique a aidé les tableaux à traverser près de 600 ans avec très peu de travaux de restauration.
Atelier, œuvres perdues et inachevées
Jan van Eyck a tenu un atelier pendant toute la durée de son service à la cour de Philippe ; c’est là qu’il a dû peindre la plupart de ses œuvres et former ses apprentis. On croit que son épouse ou son frère a repris l’atelier après sa mort en 1441 afin que les œuvres inachevées puissent être terminées. Cela n’avait rien d’inhabituel, surtout lorsqu’un artiste laissait des commandes inachevées. Les œuvres ont été terminées par ses élèves, actuels et anciens.
Œuvres célèbres inachevées à sa mort
La Crucifixion et le Jugement dernier, v. 1430-1440
La Crucifixion et le Jugement dernier
Saint Jérôme dans son cabinet de travail
Image : https://www.metmuseum.org
Image : https://www.1000museums.com
Cette œuvre se compose de deux petits panneaux de bois reliés par des charnières ; c’est ce qu’on appelle un diptyque. Ses élèves n’ont eu que peu de choses à terminer, car l’œuvre était presque achevée à la mort de van Eyck. Certains historiens de l’art supposent que les panneaux devaient faire partie d’un triptyque dont le panneau central aurait été perdu. Le panneau de gauche représente la Crucifixion et celui de droite, le Jugement dernier. Certains croient que le panneau central aurait représenté soit la Nativité, soit l’Adoration des mages.
Saint Jérôme dans son cabinet de travail – 1442
Le tableau est daté de l’année suivant la mort de l’artiste ; il a donc forcément été terminé par quelqu’un d’autre. Une grande partie de l’œuvre a probablement été réalisée par van Eyck, mais certaines zones sont manifestement l’œuvre d’un peintre moins habile et au style moins singulier.
Portrait d’Isabelle de Portugal – 1428
Portrait d’Isabelle de Portugal
Femme au bain
Image : https://en.wikipedia.org
Image : https://en.wikipedia.org
L’original de ce tableau a été perdu, et nous ne le connaissons que par des copies. On peut l’attribuer avec certitude à l’artiste, car son voyage au Portugal pour peindre Isabelle a été largement documenté par les sources de l’époque. Les copies reproduisent même les deux faux cadres que van Eyck avait peints, dont l’un portait une inscription.
Femme au bain – fin des années 1420
Deux copies de ce tableau ont été réalisées vers la fin du XVe siècle, et c’est la seule façon dont nous connaissons cette œuvre. Elle représente une femme nue faisant sa toilette à l’éponge, accompagnée d’une servante. La pose et le décor présentent plusieurs similitudes avec ceux des Époux Arnolfini, ce qui permet aux historiens d’affirmer avec autant d’assurance que l’original est de van Eyck.
Contributions à l’art de la Renaissance
Portrait de Marguerite van Eyck
Image : https://en.wikipedia.org
Les sources de l’époque considéraient largement van Eyck comme ayant exercé une influence considérable sur les peintres de la Renaissance. Ses techniques de peinture à l’huile ont été copiées par de nombreux artistes et ont marqué le style général de la peinture de la Renaissance. Son usage de la couleur, de la pose, de la perspective et de la lumière naturelle a aussi eu une grande influence. Mais c’est surtout son recours au symbolisme qui se distingue. Ce n’était pas une nouveauté, mais il tenait à intégrer le plus de symboles possible dans un tableau. Par exemple, dans le tableau de saint Jérôme, le sujet est entouré de livres et d’instruments perfectionnés, autant de symboles de l’homme idéal de la Renaissance.
En somme, Jan van Eyck a été un artiste très accompli et très influent, dont les techniques ont eu une incidence considérable sur le style et la qualité de l’art occidental. Son souci du détail et sa capacité à saisir fidèlement la réalité ont notamment été largement salués, tant par les sources historiques que contemporaines. Même si d’autres artistes ont peut-être produit davantage d’œuvres au cours de leur vie, rares sont ceux qui peuvent se targuer d’une influence aussi grande sur les pratiques artistiques que Jan van Eyck.
Questions fréquentes
Jan van Eyck a-t-il inventé la peinture à l’huile ?
Non. Les pigments étaient déjà délayés dans l’huile avant lui, même si la technique était peu répandue. Cette invention lui a été attribuée à tort au XVIe siècle ; ses techniques révolutionnaires expliquent sans doute cette confusion.
Quels sont les tableaux les plus célèbres de Jan van Eyck ?
Le Retable de Gand (1430-1432), Les Époux Arnolfini (1434) et La Vierge du chancelier Rolin, ainsi que La Vierge de Lucques, La Vierge au chanoine van der Paele et L’Annonciation, peints à l’apogée de sa carrière, entre 1436 et 1438.
Où peut-on voir Les Époux Arnolfini ?
Le tableau est exposé à la National Gallery de Londres. Le Retable de Gand, lui, se trouve toujours dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, en Belgique.
Que signifie la devise « ALS IK KAN » de Jan van Eyck ?
Elle signifie « Comme je (Eyck) peux » et constitue un jeu de mots sur son nom. Sur ses 20 œuvres conservées, 10 portent cette signature.
Comment Jan van Eyck peignait-il ?
Il commençait par un dessin au trait, modelait l’ombre et la lumière au noir d’os et au blanc de plomb, puis superposait de fines couches translucides d’huile de lin épaissie à la chaleur, pour des couleurs éclatantes et des détails très fins.